Surproduction estivale et stockage saisonnier de l’électricité

Page de couverture du célèbre « livre jaune » du Professeur André Gardel (1979).

Nous reprenons ici un article publié il y a deux ans – avec quelques modifications –, mais qui n’a rien perdu de son actualité.

Il a déjà plusieurs fois été écrit sur ce site que la perspective d’installer d’ici 2050 en Suisse pas moins de 40 GW de photovoltaïque (PV) − soit aussi une surface de 200 km² de modules (probablement pour un coût d’au moins 50 à 60 milliards de francs), pour une production attendue de 38,5 TWh par an, dont 29,5 TWh en été (77%) et 9 TWh en hiver (23%) − ne va pas du tout contribuer à la sécurité d’approvisionnement du pays et cela pour plusieurs raisons.

Il y aurait ainsi en été des surproductions engendrant une puissance énorme pouvant tripler, voire quadrupler les capacités du réseau électrique suisse, adapté actuellement pour gérer quelque 11 GW au maximum, demain probablement 16 GW, mais guère plus. Rappelons que la demande moyenne actuelle est de 7,1 GW (soit une consommation brute de 62 TWh/an), oscillant entre un minimum incompressible de 4 GW et un maximum autour de 11 GW. Demain, avec l’électrification des chauffages et des transports, ce sera une moyenne de près de 11 GW (soit une consommation brute de 95 TWh/an), oscillant entre 6 et 16 GW. Ces surplus soudains de production solaire estivale, concrétisés par des pics de puissance allant jusqu’à 40 GW en plein midi, devraient donc être gérés immédiatement, soit en les vendant à l’étranger, soit en les stockant.

Pour la première solution, il est probable que les pays voisins soient aussi en surproduction aux mêmes heures que la Suisse s’il règne une haute pression et un temps ensoleillé sur l’Europe. On devrait alors devoir forcer la main d’acheteurs potentiels en leur vendant nos kWh excédentaires à très bas prix, voire à prix négatif. Notons bien que cela se passe déjà aujourd’hui : cet été, plus de 700 heures, soit l’équivalent de 29 jours pleins, ont vu le marché européen de l’électricité offrant des prix négatifs, une aubaine pour certains revendeurs ici ou là, mais pas pour les consommateurs captifs de leurs fournisseurs et liés à un tarif d’achat convenu d’avance !

Plus le parc PV européen sera important, plus ces situations anormales seront à attendre les beaux jours d’été. Et, s’il n’y a plus d’acheteurs, même à prix négatif, il restera aux services électriques, qui ne seront plus repreneurs, soit la solution drastique de stopper la production PV en excès − ce qui peut déjà se faire en débranchant à distance les autoproducteurs grâce aux compteurs intelligents qui gèrent les onduleurs, flouant ainsi leurs clients autoproducteurs −, soit la voie plus rationnelle de stocker, de l’été pour l’hiver, cette énergie électrique, avec trois possibilités principales : par pompage-turbinage, par batterie, ou par production d’hydrogène. Une quatrième solution par accumulation d’énergie gravitationnelle potentielle de blocs de béton par des systèmes de grue serait à mentionner, à côté d’une cinquième possibilité, par stockage d’air comprimé dans des cavernes, dont les coûts ne sont pas encore précisés.

Une publication (en deux parties) d’Avenir Suisse, parue en fin août 2024, aborde ces thèmes : « L’électricité en été, un problème pour la Suisse » et « Recettes contre la surproduction ». Partant du fait qu’il y aurait quelque 20 TWh de surproduction PV en été que l’on pourrait stocker d’une façon ou d’une autre pour en récupérer seulement au maximum 8,5 TWh en hiver (soit au mieux 42,5% de rendement, car les rendements des processus successifs se multiplient…), l’étude d’Avenir Suisse évalue les coûts des trois scénarios comptés chacun complètement et séparément :

1° l’équivalent de 800 installations de pompage-turbinage du genre de Nant de Drance (à 2,1 milliards de francs chacune), soit 1’700 milliards de francs ;

2° au moins 5,1 millions de batteries du style Megapacks de Tesla (avec une capacité de 3,9 MWh et à 1 million de francs pièce), soit 5’100 milliards de francs ;

3° le recours à l’hydrogène produit par électrolyse de l’eau. Les 20 TWh représentent l’équivalent d’une capacité théorique de 20 GW d’électrolyseurs fonctionnant durant 1’000 heures en été, soit aussi 40 groupes d’électrolyseurs à 0,5 GW par groupe, pouvant transformer chacun 250 fois 2 GWh en H2 en 4 heures (à 450 millions de francs par groupe, soit 18 milliards de francs) pour produire, comprimer, transporter et stocker dans des cavernes les 400’000 tonnes d’hydrogène ainsi produit (à raison de 50 kWh/kgH₂ pour l’électrolyse et la compression), ou 27 millions de m³ sous 200 bars. Ces cavernes de stockage seront bien sûr à créer (pour encore quelques dizaines de milliards de francs). Ce volume représente aussi 3,3 fois le volume excavé du tunnel de base du Gotthard (28,2 millions de tonnes excavées, soit quelque 8,2 millions de m³). Puis il faudra transformer cet hydrogène en électricité, soit par des piles à combustible (encore très chères actuellement), soit par des turbines à gaz hydrogène fonctionnant seulement en hiver (il faudrait au moins 8,5 très grosses turbines de 500 MW durant 2’000 heures pour produire 8,5 TWh, ou 142 petites turbines de 30 MW à 60 millions de francs la pièce, soit 8,5 milliards de francs ), alimentées avec cet hydrogène. Soit un coût total pour cette solution hydrogène pouvant aller jusqu’à 86 milliards de francs.

On voit immédiatement que les deux premières solutions seront marginales, car hors de prix.

Il reste bien sûr la solution la plus évidente : disposer de deux ou trois nouvelles centrales nucléaires (avec chacune une puissance électrique de 1,65 GWe et une production annuelle de 13 TWh, avec un facteur de charge moyen de 90%, en comptant donc 37 jours d’arrêt de révision en été) pouvant assurer 26 à 39 TWh par an, soit précisément 12 à 18 TWh en été et 14 à 21 TWh en hiver

Même avec 12 à 15 milliards de francs par réacteur, cette solution, qui coûterait entre 24 et 45 milliards de francs (prix total pour 2 ou 3 réacteurs et non pas pour un seul !), reste, et de loin, la plus économique…

Comme l’écrivait déjà le Professeur André Gardel en 1979: « aucun scénario n’est faisable avec les seules sources d’énergie renouvelables. Si l’on doit renoncer à tous les agents fossiles, il faut recourir à l’énergie nucléaire ».

Christophe de Reyff

 

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Rapports de la Société helvétique des sciences naturelles (SHSN) sur l’énergie nucléaire

Dans les années 70 – les rapports ne mentionnent pas de date précise, seule la date du 22 mars 1978 figure sous le texte d’introduction du professeur Gérard de Haller (31 décembre 1926 – 12 mai 2018, professeur de biologie à l’Université de Genève de 1969 à 1991) –, l’ancienne Société helvétique des sciences naturelles (SHSN, devenue l’Académie suisse des sciences naturelles, SCNAT, dès 2004) décida de faire rédiger un rapport sur l’énergie nucléaire par des experts reconnus.

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L’énergie nucléaire et le futur système énergétique suisse : une analyse par modélisation technico-économique

Un important rapport vient de paraître :

L’énergie nucléaire et le futur système énergétique suisse : une analyse par modélisation technico-économique Livre blanc conjoint de l’ETH Zurich et du PSI, 29 juin 2026, 39 p.

À décharger ici ou en version française.

Retenons déjà un élément de conclusion :

«Nous constatons que le déploiement de nouvelles capacités nucléaires dépend largement de deux décisions politiques : 1° l’octroi au nucléaire, par le gouvernement, d’un soutien politique similaire à celui dont bénéficient les énergies renouvelables, et 2° l’octroi par le gouvernement d’un soutien financier supplémentaire permettant de réduire les risques d’investissement dans le nucléaire par le biais de garanties de prêt (ou de mesures exerçant un effet comparable), ce qui se traduirait par une baisse du WACC. » (p. 31)

 

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L’éolien est au moins deux fois plus cher que le nucléaire ! par Jean-Marc Chapallaz

 

Rendu 3D de l’îlot nucléaire de l’EPR2 (haut à gauche) et simulation 3D des 6 premiers EPR2 aux centrales du Bugey (haut à droite), de Gravelines (bas à gauche) et de Penly (bas à droite). J Kremona, travail personnel.

Dans le contexte très actuel des discussions, voire des disputes, sur les coûts des diverses technologies pour produire notre future électricité, M. Jean-Marc Chapallaz nous a proposé cet article que nous publions bien volontiers ici, avec seulement quelques retouches et compléments de mise à jour. Lire la suite

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L’électricité hivernale dépend de la source d’énergie, par Martin Schlumpf

Martin Schlumpf a publié sur son site de blog un nouvel article argumentaire sur la lacune hivernale d’électricité qui attend la Suisse en 2050. Pour les lecteurs francophones, le ClubÉnergie2051 en donne ci-dessous une traduction en français.

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Les batteries seront-elles vraiment le maillon fort de la transition énergétique ?

Le site PowerShift a publié un article sous le titre « Les batteries LFP s’affirment comme le maillon fort de la transition énergétique ». Nous y avons déposé un commentaire que nous reproduisons ci-dessous : Lire la suite

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Relance du nucléaire : une excellente Newsletter de nos amis du Energie Club Suisse

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Greenpeace défend par idéologie une mauvaise politique énergétique.

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L’approvisionnement électrique est-il assuré par les seules renouvelables ? par Eduard Kiener

Nous donnons ici une version française d’un article d’Eduard Kiener, ancien directeur de l’Office fédéral de l’énergie – OFEN, paru le 9 février sous le titre « Stromversorgung: funktioniert sie rein erneuerbar? »  sur le site du Réseau Cournot-Carnot- Netzwerk – CCN.

Point de vue du ClubÉnergie2051 :

Cet article d’Eduard Kiener dit quelque chose d’essentiel sur les perspectives et les mérites controversés du nucléaire et des nouvelles énergies renouvelables (NER). Il contribue aussi de manière importante à distinguer deux démarches souvent mélangées dans les discours sur la « transition énergétique », à savoir remplacer à la fois ET le nucléaire ET le fossile par uniquement les nouvelles énergies renouvelables.

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Quelques extraits récents du débat sur l’énergie dans nos médias.

Les extraits choisis ici sont emblématiques de quelques faiblesses que l’on retrouve régulièrement dans le débat sur l’énergie.
Le nucléaire fait partie du débat sur l’énergie. Il est, par nature, la source des faiblesses et difficultés du débat.
Les extraits choisis ici illustrent les faiblesses suivantes :
1) le dogmatisme idéologique de l’écologie politique avec son déni de la réalité scientifique
2) la communication de certains représentants de la branche électrique qui semblent ignorer les réalités de leur profession
3) le biais sélectif des médias dans le choix de certaines informations
Enfin, il y aura aussi, pour terminer, une annonce réjouissante pour le futur du débat.

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